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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 09:11

Le 1er mai : Fête du Travail . Pas de travail sans entreprise . Pas d'entreprise sans entrepreneur . Rendons hommage à un grand entrepreneur qui vient de nous quitter : François Michelin dont voici des extraits d'un discours à l'occasion d'une remise de médailles du travail.

EVR

 

1926, c'est l'année de ma naissance. Certains d'entre vous sont à l'Usine depuis ce moment-là. Et c'est avec vous les anciens que (...) j'ai appris à vivre, à travailler et, peu à peu, à faire mon métier. Il y en a eu des gens qui, avec gentillesse, mais tout de même aussi avec courage, m'ont fait réfléchir  à ce qui n'allait pas, à ce que je faisais mal ou ce que je ne faisais pas ! je me souviens de l'un d'entre vous qui m'a dit un jour : "Monsieur, vous ne travaillez pas assez". J'ai cherché à comprendre ce qu'il voulait dire et il m'a précisé : " On ne vous voit pas assez dans l'atelier". Eh oui ! Parce que pour lui, le "travail" du patron c'était d'être là où les choses se font, pour voir, pour entendre. Et ce qu'il y a de profondément vrai dans cette idée, c'est peut être ce jour-là, grâce à lui, que je l'ai le mieux compris. Combien de fois, sous une forme ou une autre, des rencontres de ce genre m'ont ouvert les yeux !.(...)

Il y a un contrat moral, un contrat de confiance qui nous lie les uns les autres avec nos clients et qui est le vrai fondement de l'ouvrage. Les recherches, les techniques, l'application dans le travail, les contrôles, l'organisation qui assure la qualité et le prix des produits, c'est ce que nous apportons tous. Le client, de son coté, apporte l'argent qui permet à l'usine de vivre et en particulier de payer les deux milliards de nouveaux francs qu'elle verse chaque année en salaires. Et c'est pour cela que le vrai patron, c'est le client. Nous sommes du même coté de la barrière vous et moi ; nous dépendons du choix du client qui est en face de nous. Il a le droit de choisir notre produit, mais il a aussi le droit d'en choisir un autre.

Et ceci n'est pas une façon de parler. C'est quelque chose de très concret. Vous savez, ce choix, il se joue d'homme à homme, en discutant sur des faits. Il ne faut pas croire qu'un marché s'enlève avec des sourires, ou à la fin d'un repas d'affaires. (...)

Les progrès constants, considérables que nous avons accomplis dans la qualité de nos pneumatiques, (...) tous ces progrès, nous les avons faits parce que le client nous y a contraints, exigeant toujours plus de nous, en exigeant des choses que nous ne nous savions pas même capables de lui offrir, en montant la barre toujours plus haut. Mais je peux vous dire aussi qu'à ce prix-là nous avons acquis avec nos clients un type de relations qui est la vraie force de la Maison : ils sont notre patron, mais ils sont aussi nos amis . Ils nous poussent dans nos retranchements, mais ils nous font confiance. j'ai rencontré souvent des clients, que ce soit chez les constructeurs de voiture, chez les agents (...) : il y a quelque chose qui les attire chez nous, c'est que nous leur disons la vérité. Il arrive que nous nous trompions, que nous ne fassions pas du tout ce que l'on attend de nous. Mais les clients savent que nous ne leur racontons pas d'histoires, et que quand ils nous ont révélé une faiblesse, nous travaillons d'arrache-pied à nous améliorer ; ils savent que nous nous intéressons à ce qu'ils nous disent et que nous ne nous dérobons pas. C'est pour cela qu'il s'est créé entre eux et nous des liens d'amitié. Ils ne sont pas devenus nos clients parce qu'ils étaient nos amis, mais ils sont devenus nos amis parce qu'ils ont trouvé en nous des gens réellement soucieux de les satisfaire.

Ce dont je vous parle là, c'est vraiment la base de l'entreprise. (...).Il s'agit de quelque chose de très simple quand on veut bien regarder la réalité en face. A l'origine de toute entreprise, il y a un homme qui essaie de découvrir un besoin et qui cherche les moyens de satisfaire ce besoin. Il cherche à vérifier si les moyens qu'il propose correspondent aux goûts des clients. Car l'entreprise ne peut tourner que si les clients achètent ses produits ; ce sont les clients qui apporteront l'argent nécessaire à la vie et au développement de l'entreprise qu'il veut fonder. Et ce qui est vrai à la naissance d'une entreprise reste vrai tout au long de sa vie. C'est un risque continu, c'est une création continue. (...)

Mon métier (de patron) c'est de m'employer à ce que tout ce qui se fait dans la Maison, tout ce que vous faites, soit bien fait. C'est de vérifier que partout dans l'Usine, les impératifs fondamentaux, qui sont le respect du client, le service du client, le souci de trouver le meilleur moyen de le satisfaire, sont bien compris. Quand les choses sont compliquées et je ne sais pas bien comment me décider, c'est à cette boussole-là que je demande où est le nord. Et je ne me sens pas le droit de vous juger autrement que par rapport à ce critère : "Est-ce que la personne que j'ai en face de moi est capable de bien comprendre le but de l'Usine ? Est-ce qu'elle a bien le sens du client ?".

Et ce métier que je fais, ces questions que je me pose, vous devez vous aussi le faire avec moi, parce que vous êtes vous aussi responsables de la Maison devant le client, dans le travail que vous faites.  

 

lu dans CEE Information N°92 de mars 1986

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Published by Petrus Angel - dans Eco & Travail
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