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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 12:40

Le neurologue Pierre Lemarquis a publié «  L’empathie esthétique, entre Mozart et Michel-Ange » aux éditions Odile Jacob, livre qui démontre que l’art devrait être remboursé par la Sécu. En effet, la Beauté d’une œuvre provoque la sécrétion de neuro-transmetteurs du bien-être, un vrai cocktail de vitalité : la dopamine, ce stimulant du désir, les endomorphines qui apaisent la douleur, l’adrénaline qui renforce l’énergie mais aussi la sérotonine, à l’action anxiolytique.  Bref, la Beauté de l’art serait un antidépresseur sans effets secondaires ravageurs… L’Art pourrait non seulement nous conduire à l’extase, mais certains spectacles effrayants pourraient s’avérer bénéfiques, grâce aux vertus cathartiques de la représentation, ce qu’Aristote notait déjà à propos du théâtre.

Mais la science du neurologue s’arrête là, n’ayant pas encore intégré, qu’aujourd’hui, tout ce qui porte le nom d’art peut revêtir des natures différentes voire antagonistes. Si voir une re-présentation, une nouvelle monstration du réel, fictionnelle, peut avoir un effet cathartique, il n’en est pas de même d’un certain art dit contemporain qui, au prétexte que « l’art c’est la vie », abolit la re-présentation au profit d’une simple présentation, voire d’une prédation du réel. De l’hémoglobine d’Opéra et du sang réellement versé lors d’une « performance » n’ont pas le même sens et ne déclenchent pas les mêmes réactions.

De même, on peut être septique de voir notre homme de science vanter les mérites du Ballon Flower de Jeff Koons, dont les formes arrondies nous renverraient vers l’enfance : si toute grande œuvre a une relation avec l’enfance, lieu d’émotions et sentiments des plus forts, on peut rêver pour l’art d’un autre destin que la régression infantile. Il serait bon de dire que si la Beauté nous offre plein de neuro-transmetteurs, la réciproque n’est pas vraie : la présence d’adrénaline ou de dopamine peut signifier la présence  de tout autre chose. Tout ce qui modifie notre humeur, nous détend et nous met en appétit de vivre n’est pas forcément Beau. Pour certains, le commérage ou la calomnie ont des effets revigorants, exaltants : où est le Beau ? Pour d’autres, lire dans un magazine people les misères des « stars » est hautement jouissif ; un accident de voiture en extasie un troisième, d’où les voyeurs qui s’amassent avec gourmandise au bord des routes. Pour le dire plus simplement : si la Beauté, incontestablement, nous émeut, tout ce qui nous émeut n’est pas forcément Beau.

La suite sur le blog de Christine Sourgins, auquel on peut s'abonner gratuitement...

 

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Published by Petrus Angel - dans Regard
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Lemarquis 19/06/2016 01:30

Mille mercis à Mme Sourgins pour son analyse ! Ses commentaires cependant concernent essentiellement mon précédent livre "Portrait du cerveau en artiste" qui ne contient pas d'apologie de Koons mais simplement une tentative d'explication au fait que les patients Alzheimer semblent l'apprécier tout particulièrement ! Peut-être qu'un jour Mme Sourgins acceptera de faire le voyage entre Mozart et Michel-Ange à la Sixtine proposé dans L'empathie esthétique ! Très cordialement