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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 09:35

 

Une grande partie de la semaine médiatique a été dominée par la polémique sur les catholiques et la politique. A la suite de la percée de François Fillon aux primaires, le journal Libération titrait le 24 novembre : « Au secours, Jésus revient ». Laurent Joffrin se lâchait en écrivant : « Il y a désormais en France un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islam politique. ». François Fillon s’était pourtant défendu le 22 novembre sur BFMTV : « Je sais faire la différence entre mes convictions personnelles, ma foi, et le bien public. La religion n'a pas à guider la vie de la République». Et l’épisode se terminait jeudi soir, lors du débat entre les deux candidats, dans une grande communion consensuelle et républicaine où toute allusion aux rapports entre politique et religion était évacuée !

Voici un texte du philosophe Claude Tresmontant pour nous éclairer sur ce sujet capital :
 
N'importe quoi en politique n'est pas compatible avec le christianisme. Il en va du problème de la politique chrétienne comme du problème de la philosophie chrétienne. Nous n'allons pas ici ennuyer nos lecteurs avec ce problème disputé de la philosophie chrétienne. Mais il est bien évident pour tout le monde que n'importe quoi en philosophie n'est pas compatible avec le christianisme. On appelle, en première approximation, philosophie chrétienne, celle qui est compatible avec le christianisme, celle que le christianisme peut s'approprier. Eh bien, il en va de même en politique ! II existe des politiques qui sont compatibles avec le christianisme, et d'autres, non. Pour déterminer si une politique est compatible avec le christianisme, c'est très simple. II suffit de se demander si elle est compatible avec la doctrine hébraïque et chrétienne de la Création, de l'excellence de la Création, de la finalité de la Création (...)
Le meurtre des enfants dans le ventre de leur mère (...) est incompatible avec le christianisme parce cela va contre la Création, et sa finalité. Un enfant tué dans le ventre de sa mère ne pourra pas se développer. On lui vole sa vie entière. Toute politique qui aboutit à détruire l'être humain, à l'avilir, à le dégrader, à empêcher son développement, à l'empêcher d'atteindre sa fin, est incompatible avec le christianisme. Tout ce qui va contre la Création et sa finalité, est considéré par le christianisme comme un crime et une abomination.
Bien entendu le développement intellectuel, spirituel, entre en ligne de compte autant que le développement physique. Tout ce qui abêtit l'homme, tout ce qui le crétinise, va à l'encontre du sens de la Création. Une politique compatible avec le christianisme doit être une politique qui favorise la création de l'homme, son développement, son achèvement. II n'est pas du tout nécessaire d'être chrétien et de professer la doctrine chrétienne pour être partisan d'une politique qui favorise la création et le développement de l'homme.(...)
Nombre de chrétiens, parmi les plus influents dans l'ordre politique, semblent s'imaginer que le christianisme comporte des exigences qui ne s'appliquent qu'à la vie individuelle, aux relations entre individus. C'est évidemment une erreur grossière.
Le christianisme comporte des exigences qui s'appliquent à l'ordre politique, à l'ordre international. C'est ce que les derniers papes (…) ne cessent de rappeler et de crier dans le désert des peuples. (…) On peut constater objectivement, si l'on regarde bien, que l'Eglise est le lieu à partir duquel on défend l'Homme, tout homme et l'homme tout entier, depuis le premier commencement de son existence et en tout lieu. (...)
Il existe nombre d'hommes politiques qui sont par ailleurs chrétiens, et qui semblent ignorer ces connexions logiques, ces relations logiques, entre christianisme et politique. Ils font comme si ces ordres étaient séparés, disjoints. En réalité ces deux ordres, celui de la politique et celui du christianisme, sont distincts, mais ils ne sont pas séparés. De même que l'ordre philosophique est distinct de l'ordre théologique, mais il n'en est pas séparé. De même que dans l'Homme véritable uni à Dieu en qui se réalise l'union sans confusion du créé et de l'unique incréé, il n'y a pas mélange, il y a distinction, mais il n'y a pas séparation, comme le disait le Concile de Chalcédoine". 


 (in «Problèmes de notre temps – Chroniques » - Ed. O.E.I.L., 1991, cité dans la revue Permanences n° 333 d'août 1996).

 

Merci à EVR.

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Published by Petrus Angel - dans Polis
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