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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 10:38

 

La campagne présidentielle est paralysée par les affaires judiciaires qui surgissent au bon moment pour éviter les débats de fond. Comme celui de la mort du progressisme dont le candidat des média –Emmanuel Macron – se fait le chantre. Bérénice Levet, docteur en philosophie, dans son livre qui vient de paraître, Le crépuscule des idoles progressistes (édition Stock), diagnostique ce mal français :

 

Le plus intéressant et stimulant dans la situation actuelle est la révolte des peuples en France mais aussi dans le reste de l'Europe et même aux Etats-Unis. Nous sommes à la fin d'un cycle. Il nous faut nous donner les moyens de franchir l'étape suivante, (…). Je suis née au début des années 1970, j'appartiens à cette première génération élevée par des parents, formée par des professeurs qui, dans le sillage de Mai 68, avaient renoncé à assumer leur responsabilité d'adultes, à nous inscrire dans un monde plus ancien que nous, pour faire de nous des cobayes, des sujets d'expérimentation d'une nouvelle figure d'humanité. Depuis près d'un demi-siècle, les besoins fondamentaux de l'être humain sont non seulement méprisés mais disqualifiés, diabolisés par l'idéologie progressiste. Le besoin de racines géographiques et historiques, d'identité nationale, de frontières, toutes ces constantes anthropologiques sont traitées par les idéologues contemporains comme de la frilosité, de la crispation sur soi, comme un repli identitaire et xénophobe. Quelles qu'aient été les majorités politiques depuis, le travail de sape s'est poursuivi, et le quinquennat qui agonise aujourd'hui en montre les fruits aboutis les plus délétères. Jusqu'à quand continuerons-nous à sacrifier les générations à venir ? (…)

(Nous en sommes arrivés là) par un mélange de mémoire pénitentielle, de tyrannie de la repentance. (…), de politique de reconnaissance des identités particulières venue des Etats-Unis, étrangère à notre histoire, et une idéologie progressiste confondant liberté et déliaison. On a fait le pari que l'individu serait d'autant plus libre qu'on ne lui transmettrait plus l'héritage, qu'on le laisserait à soi-même, prétendument riche d'une créativité et d'une originalité qui, en réalité, ne sont pas originelles. Abandonné à lui-même, l'individu est voué au conformisme. il n'a pas d'autre choix que de se conformer aux usages, à la doxa, il est comme incarcéré dans la prison du présent. C'est là que la transmission du passé joue un rôle capital, elle permet d'acquérir une épaisseur temporelle qui n'est pas donnée avec la vie. (…). En ne lui fournissant aucun terreau, le progressisme a fait de l'humanité une cohorte d'individus hors sol, «sensibilisés » à tout, mais attachées et fidèles à rien. La liberté, l'égalité, la fraternité, dont on nous rebat les oreilles à longueur de célébrations compassionnelles, n’ont plus guère de sens dès lors qu'on fait abstraction de toute singularité historique. L’homme des «valeurs républicaines », selon la clochette pavlovienne qu'on ne cesse de faire retentir, est l'homme des droits de l'homme, il n'est pas un citoyen français. Ces valeurs s'incarnent dans une histoire, et c'est à cette histoire qu'il convient de s'identifier. Un peuple déraciné, sans passé, sans mémoire, périclite, et quand la patrie est à terre, l'islamisme n'a plus qu'à la ramasser. En novembre 2015, force fut d'admettre que nous étions visés en tant que civilisation, (…) c'est donc comme civilisation qu'il nous faut renaître et résister. (…)

(Il n’y qu’une solution :) l'assimilation pour tous. Pour tous, c'est-à-dire pour les Français d'origine immigrée mais non moins pour les Français généalogiques, ou, si j'osais, « de souche », car voilà quarante-cinq années qu'on ne fabrique plus de Français, l'héritage n'étant plus transmis, sinon de façon parcellaire et de toute façon jamais comme héritage, identité. Etre français ne coule pas dans les veines, il ne suffit pas de se donner la peine de naître et rien de plus pour l'être. Etre français, c'est une mémoire, qui ne commence pas en 1789. La transmission est la condition sine qua non de la continuité d'une civilisation. L'école a un rôle majeur à jouer ici. (…) Notre tâche est double, il s'agit à la fois de soustraire les individus à l'empire du vide, ce vide existentiel auquel quarante -années d'idéologie progressiste active les a condamnés, et de refabriquer un peuple français. (…) il nous faut redevenir accessibles à la saveur de notre héritage, à sa fécondité. On ne transmet pas le passé parce qu'il est passé mais en vertu de sa puissance de signification, des lumières qu'il jette sur la condition humaine. Les professeurs doivent être restaurés dans leur droit à donner à aimer la France, à aimer Molière et Balzac pour les trésors d'intelligence, de vitalité qu'ils recèlent, plutôt que sommés de désosser et dessécher ces chefs-d'oeuvre par le recours aux instruments de linguistique, ou en transformant les élèves en tribunal des flagrants délits de racisme, sexisme, homophonie. (…)

Nos contemporains se révoltent. Ce monde bâti par le progressisme leur est inamical, c'est une litote, et ils ne craignent plus de le dire. La France ne se droitise pas - ce qui aurait peut-ètre un sens si la droite s'était faite la gardienne de la transmission, de la continuité historique de la nation, de sa souveraineté, ce qui n'a pas été -, les Français ne virent pas au cryptofascisme, ils ont de nouveau droit à des besoins essentiels à l'homme en son humanité(…) et au premier d'entre eux, le besoin d'enracinement, d'inscription dans une histoire particulière qui donne sens à une vie, signification et orientation : une histoire a été commencée qu'il nous appartient de prolonger.

extrait du Figaro Magazine du 27 janvier 2017

Merci à EVR.

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Bérénice Levet, docteur en philosophie, est l'auteur de l'essai <i>Le Crépuscule des idoles progressistes, </i>chez Stock <i/>.

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Published by Petrus Angel - dans Polis
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