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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 20:40
Rédacteur en chef des pages « Culture » de Valeurs actuelles, Laurent Dandrieu vient de publier Église et immigration : le grand malaise — Le pape et le suicide de la civilisation européenne (Presses de la Renaissance, janvier 2017). Il a bien voulu répondre aux questions du Rouge & le Noir.

R&N : La question de l’immigration peut être abordée du point de vue du migrant, du pays d’origine mais aussi de celui du pays d’arrivée. De même, elle peut être envisagée dans sa dimension individuelle ou dans sa dimension collective. Comment le discours actuel de l’Église prend-il en compte ces différentes dimensions ?

Laurent Dandrieu : En réalité, depuis que l’Église se penche réellement sur ces questions, c’est-à-dire depuis les années 1950, son discours est biaisé sur ces deux points. Le premier biais est que ce n’est pas un discours sur l’immigration, mais un discours sur les migrants : ce n’est pas pour rien que l’institution vaticane compétente s’appelle le Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement : si les États sont éventuellement mentionnés dans leur droit à réguler les flux migratoires, les populations des pays d’accueil, elles, sont la plupart du temps condamnées à faire de la figuration dans une histoire qui les concerne pourtant au premier chef, ou mentionnées seulement pour condamner leur réticence à l’accueil, voire leur racisme ou leur xénophobie. Mais les difficultés créées par l’immigration aux populations des pays d’accueil ne sont pratiquement jamais évoquées ; quant à leurs inquiétudes quant à la perte de l’identité nationale, elles sont rejetées, comme le fait le pape François lors du message annuel pour la Journée mondiale du migrant 2016, en leur opposant une réponse évangélique (« La réponse de l’Évangile est la miséricorde ») qui paraît surtout, par rapport aux problèmes concrets qui se posent, une manière d’esquiver le problème.

Concrètement, il est très frappant qu’il n’y ait pas eu de réaction ecclésiale aux agressions sexuelles collectives commises par des groupes d’immigrés à Cologne, le soir du Nouvel-An 2016. On a l’impression pour le moins dérangeante que les souffrances des populations européennes sont sorties du champ de vision de l’Église, en vertu d’une sorte d’application aux peuples de l’option préférentielle pour les pauvres, qui voit dans les migrants une sorte de nouveau prolétariat des nations tandis que les Européens seraient d’indécrottables dominants, qui pour expier leur passé colonial n’auraient plus qu’un seul droit, celui de tout sacrifier à la « culture de la rencontre ».

Le second biais du discours de l’Église sur l’immigration est que c’est un discours qui ignore la dimension collective du problème : il n’est question la plupart du temps que de migrant au singulier, ou de familles. C’est un Migrant avec un grand M, dont l’origine culturelle ou religieuse n’est pas considérée. On répète qu’il faut l’accueillir et l’intégrer, sans jamais prendre en compte le fait que ce n’est pas la même chose d’intégrer quelques centaines de familles et des centaines de milliers de migrants qui seront d’autant moins portés à s’intégrer que leur nombre leur permettra de rester entre eux et de s’en trouver bien ; ni d’intégrer des personnes de la même sphère culturelle et religieuse et une immigration extra-européenne majoritairement musulmane. Dès les premiers textes de Pie XII sur la question, c’est frappant : cinquante ans avant que l’ONU n’invente la politique de “remplacement de population”, au début des années 2000, pour suppléer au déficit démographique des pays occidentaux, l’Église regardait déjà les populations comme interchangeables, faute de les considérer dans leur dimension culturelle, identitaire et collective…

La suite...

 

Une entretien de 27 mn avec l'auteur en vidéo

se trouve ICI.

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Published by Petrus Angel - dans Lire
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