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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 10:17

 

Le président élu Macron est l’éminent représentant du « système ».La grande majorité de l’opinion publique semblait pourtant vouloir rejeter ce fameux « système ». Le peuple se sent piégé, démuni, appauvri par une élite médiatique, financière et politicienne, sans foi ni loi qu’il nomme le « système » sans trop bien le définir. Alain de Benoist dans l’article ci-dessous clarifie cette dénomination.

 

Un système se définit, de façon assez classique, comme un ensemble d'éléments interagissant entre eux selon certains principes ou certaines règles. Cette idée d'interaction est très importante. On la retrouve à la base de la cybernétique ou encore de la théorie générale des systèmes, dont le grand théoricien fut Ludwig von Bertalanffy (1901-1972). La critique du système repose sur cette idée qu'il ne sert à rien de s'en prendre à telle ou telle composante politique ou sociale, à tel ou tel parti plutôt qu'à un autre, parce que tout est lié, que tous les éléments forment bloc, et qu'il faut donc les rejeter en bloc également. Cette approche « systémique » est assez comparable à la façon dont, pour les ethnologues, les cultures forment des ensembles indissociables, où chaque élément ne prend sens qu'en fonction du tout, et où le tout présente des propriétés dites émergentes qui empêchent de l'analyser comme la simple addition de ses parties.

La dénonciation du Système représente certes un discours critique assez vague. Les choses s'éclairent si on ajoute un adjectif : les maurrassiens s'en prennent au système démocratique, les antilibéraux au système capitaliste, les écologistes au système productiviste, les tenants de la théorie du genre au système familial. Cependant, si le mot Système est vague, cela correspond aussi à son caractère intrinsèquement englobant. Une critique anti-Système est toujours une critique globale. Elle peut viser le couple droite-gauche, le système des partis, la classe politique dans son ensemble, ou encore ce qu'on appelle l'Establishment, la Caste, la Nouvelle Classe, les élites, etc. Dans tous les cas, on s'en prend à un tout dont les parties font système.(…)

La diffusion de la pensée unique a fortement contribué à faire percevoir le Système dans ce qu'il peut avoir d'homogène et d'homogénéisant. Le tarissement de l'offre électorale, le recentrage des programmes, la fin des clivages traditionnels, l'abandon du socialisme par la gauche et l'abandon de la nation par la droite, la conversion de la social-démocratie à l'axiomatique du marché, le fait que les élections ne débouchent jamais sur une véritable alternative, mais seulement sur une alternance (avec, de surcroît, des gouvernements de droite qui font une politique de gauche et des gouvernements de gauche qui font une politique de droite), bref tout ce qui fait que le Système apparaît désormais nettement comme un système, est allé de pair avec l'avènement d'une pensée unique aujourd'hui alimentée par deux éléments essentiels, quoique très différents : d'une part la langue de bois du politiquement correct, qu'on peut très justement comparer à la « novlangue » orwellienne ; de l'autre, le règne de l'expertocratie, qui considère que les problèmes politiques sont en dernière analyse des problèmes techniques, pour lesquels il n'existe par définition qu'une seule solution optimale rationnelle (d'où l'idée qu'« il n'y a pas d'alternative »).(…)

Ce qui sert d'idéologie implicite au Système, ce ne sont pas des idées de gauche au sens traditionnel ou « gramscien » du terme. C'est un mélange assez nouveau d'individualisme, de droits-de-l'hommisme, de croyance au progrès et de fétichisme de la marchandise, ordonné à l'idée, relativement nouvelle elle aussi, qu'une société peut se réguler entièrement sur la base du contrat juridique et de l'échange marchand. Le Système désigne une société fondée sur l'amnésie programmée, l'effacement des limites, la fin des frontières et des généalogies. C'est la société du self made man (l'homme qui s'engendre et se construit lui-même à partir de rien), des droits individuels censés appeler une réponse institutionnelle à n'importe quelle forme d'aspiration ou de fantasme. Une société où la révolution du désir a remplacé le désir de révolution !(…)

On peut parler d'une mondialisation du Système (…) si l'on admet que la plus grande partie de l'humanité, du moins sa partie occidentale, adhère à un modèle anthropologique où l'homme est posé comme une monade qui se suffit à elle-même, un être fondé à toujours rechercher son meilleur intérêt personnel, et qui fait de cette démarche la seule raison d'être de sa présence au monde.

Ce modèle se confond à mes yeux avec le système capitaliste, avec ce qu'il suppose de primat des valeurs marchandes et d'illimitation dans la transformation du monde en un immense marché. Mais il ne faut pas oublier que la mondialisation engendre aussi des fragmentations nouvelles, et que tout ce qui triomphe approche par là même de sa fin.

(Extraits des propos recueillis par l'abbé Guillaume de Tanoüarn dans Monde et Vie du 16 mars 2017)

Merci à EVR.

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Published by Petrus Angel - dans DesInfo RéInfo
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