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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 22:35


par Jean-Claude Guillebaud, journaliste, écrivain et essayiste 

    La Vie, 08/08/2013

Comme un verre à moitié vide (ou plein), la réalité est toujours ambivalente. On se souvient de la phrase de Georges Bernanos : « La colère des imbéciles envahit le monde » (les Grands Cimetières sous la lune, 1937). Elle redevient d’actualité, cette « colère » obtuse. Elle trouve aujourd’hui, via Internet, un porte-voix plus performant qu’aucun autre. Dire cela ne signifie pas qu’il faille diaboliser l’instrument comme certains le font (Internet désigné comme « les égouts du monde »). Pas question d’enfermer cet outil – à bien des égards prodigieux – dans un jugement étroitement négatif. Non.


En revanche, on aurait tort de ne pas exercer à l’endroit des réseaux sociaux qui le peuplent le même esprit critique que nous réservons aux autres médias. Il suffit de surfer quelques instants sur les innombrables forums, blogs, réseaux sociaux et « commentaires » pour être consterné par l’épaisseur de la bêtise qui s’y exprime à tue-tête, si l’on peut dire. 

à lire jusqu'au bout...

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Petrus Angel 09/08/2013 00:11


Tout l'article :



Comme un verre à moitié vide (ou plein), la réalité est toujours ambivalente. On se souvient de la phrase de Georges Bernanos : « La colère des imbéciles envahit le monde » (les
Grands Cimetières sous la lune, 1937). Elle redevient d’actualité, cette « colère » obtuse. Elle trouve aujourd’hui, via Internet, un porte-voix plus performant qu’aucun autre. Dire
cela ne signifie pas qu’il faille diaboliser l’instrument comme certains le font (Internet désigné comme « les égouts du monde »). Pas question d’enfermer cet outil – à bien des
égards prodigieux – dans un jugement étroitement négatif. Non.

En revanche, on aurait tort de ne pas exercer à l’endroit des réseaux sociaux qui le peuplent le même esprit critique que nous réservons aux autres médias. Il suffit de surfer quelques instants
sur les innombrables forums, blogs, réseaux sociaux et « commentaires » pour être consterné par l’épaisseur de la bêtise qui s’y exprime à tue-tête, si l’on peut dire. 
Voici quelque temps, dans l’excellente revue Études, un article signé Brice Leboucq n’hésitait pas à dénoncer « l’aigreur » et ces « torrents de stupidité » qui prolifèrent,
d’autant plus massivement que leurs auteurs sont protégés par l’anonymat. « Pernicieuse idéologie de la spontanéité, écrivait-il, tout ce néopoujadisme affiche les traits typiques du
genre : radicale méchanceté, suffisance, bêtise », le tout sans la moindre trace de compassion.

On remplirait des pages entières si l’on pointait, en sus du reste, les traces d’une telle ignorance contente d’elle-même, d’une approximation infantile ou d’une orthographe durablement
tyrannisée. Cette « colère » faite de ressentiments ne mérite certes pas d’être censurée, évacuée ou interdite. Pas question de s’aventurer sur le terrain glissant d’une police morale
du Net. Contentons-nous d’exercer à son endroit notre esprit critique ordinaire, et gardons-nous aussi du catas­trophisme et de la délation. 

Pourquoi ? Parce qu’au milieu de cette cacophonie innommable, il existe des clairières de vérité assez nombreuses. Qu’une seule parole sorte du fouillis verbal, qu’un ton particulier
s’impose, qu’un témoignage inconnu fasse mystérieusement le « trou », cela nous suffira pour oublier le reste et ses vulgarités. Certaines fois, on tombe sur le texte d’un traducteur
de Dostoïevski évoquant sa quête de l’exactitude et son travail sur la vérité d’une page. Il donne des exemples avec ce que l’on devine être une paisible ferveur. À la seconde, on sait que l’on
ira jusqu’au bout. Un autre soir, on trouve le blog d’un internaute où ce dernier évoque… le silence, qui reste « l’horizon véritable de la musique ». À la seconde, on est heureux de
ce que l’on va lire.
Même sur Twitter, et en dépit de la brièveté constitutive des messages (140 signes), certains tranchent par leur acuité et leur intelligence. Ils sont minoritaires sans doute, mais leur
seule présence nous incite à revenir à ce vers souvent cité d’Hölderlin : « Partout où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » J’ai envie d’ajouter que se manifestent alors
« ceux » qui (nous) sauvent. À ces hommes et ces femmes qui habitent VRAIMENT ce qu’ils disent, on a envie de dire : merci d’exister !