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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 07:32

 

La décapitation d'Hervé Gourdel par le groupe «Jund al-Khilafa», affilié à l'Etat islamique, nous a profondément choqués . La France s'est engagée dans la coalition menée par les Etats-Unis contre l'état islamique en Irak et au Levant. Mais les autorités officielles continuent de vouloir voir en l'Islam une religion d'amour et de paix . Qu'en est-il vraiment ? Annie Laurent, docteur d’Etat en sciences politiques, spécialiste du Proche-Orient, experte au Synode spécial des évêques pour le Moyen-Orient en 2010, nous éclaire sur le sujet :

 

Dès ses débuts, l’islam s’est présenté comme une religion de controverse doctrinale, porteuse d’un projet sociopolitique et légitimant le combat guerrier. L’idéologie s’y confond donc avec la spiritualité. (...)

Le Coran fustige les non-musulmans, notamment les juifs et les chrétiens, qualifiés de « stupides » et méritant d’être humiliés et anéantis (9, 29-30) en raison de leurs croyances. (...). Les chrétiens sont coupables d’associationnisme à cause de leur foi en un Dieu trinitaire et en la divinité du Christ (4, 171-172 ; 5, 73), ce qui leur vaut d’être déclarés « infidèles » (5, 17), « extravagants » (4, 171), « pervers » (2, 99) (...)

Selon la tradition, il n’y a de vraie paix que là où règne l’islam intégral. (...)

Les juristes ont divisé le monde en deux parties :

1/ La Demeure de l’Islam (Dar el-Islam) où prévalent la paix et la justice. Les musulmans y forment « une communauté de croyants » qui « ordonnent ce qui est convenable et interdisent ce qui est blâmable » (9, 71), selon les prescriptions de la charia (loi islamique).

2/ La Demeure de la guerre (Dar el-Harb) où prévalent l’injustice et la mécréance. Les musulmans sont appelés à y porter leur message religieux, leur système de gouvernement et leur ordre moral par tous les moyens (pacifiques, persuasifs ou coercitifs) afin de réaliser l’idéal coranique. « Mahomet est l’envoyé de Dieu. Ses compagnons sont violents envers les impies, bons et compatissants entre eux » (48, 29).

Le djihad est un devoir religieux, une « obligation de communauté » consistant à « faire effort » pour « la cause de Dieu », action qui, dans le Coran, n’est comprise que sous son aspect guerrier. « Combattez [les incrédules] jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sédition et que le culte de Dieu soit rétabli » (2, 193 ; cf. aussi 9, 5 ; 9, 29 et 22, 78). Le combat est prescrit à tous, même à ceux qui l’ont « en aversion » car c’est un bien pour eux (2, 216). Il ne faut jamais l’interrompre : « Ne faiblissez pas ! Ne faites pas appel à la paix quand vous êtes les plus forts. Dieu est avec vous, il ne vous privera pas de la récompense due à vos oeuvres » (47, 35).

Mahomet s’est lui-même employé à imposer l’islam aux populations de l’Arabie en recourant à l’invective, aux menaces eschatologiques (l’enfer) et au djihad. Le butin et les victoires contribuèrent largement au succès et à la propagation de l’islam, conférant à la prédication de Mahomet une authenticité divine et incitant les musulmans à imiter leur « beau modèle » (33, 21) (...)

Faut-il donc opposer islam et islamisme ? (...) Les théoriciens musulmans classiques ont défini l’islam comme étant inséparablement « religion, société et Etat ». Il y a donc un lien entre ferveur religieuse et militantisme politique(...)

 La distinction entre islam et islamisme est récente. Elle est apparue dans certains milieux intellectuels à partir du XXe siècle, époque où l’Europe post-chrétienne et sécularisée a voulu cesser de voir dans l’islam un ennemi héréditaire de la chrétienté. Il fallait donc lui donner une image plus valorisante et rassurante.

Désormais, dans cette optique, ce n’est plus l’islam qui est à craindre mais son expression intégriste, l’islamisme. Et l’on nuance entre « islamisme modéré » et « islamisme radical », selon que ses adeptes recourent à des méthodes non offensives et légales.(...)

S’il ne faut pas réduire l’islam à ses seules manifestations extrémistes, la lucidité impose de reconnaître qu’elles ne lui sont ni étrangères ni opposées. « L’islamisme, c’est l’islam dans toute sa logique et sa rigueur. Il est présent dans l’islam comme le poussin dans l’œuf, comme le fruit dans la fleur, comme l’arbre dans la graine » (Père Henri Boulad, jésuite égyptien).

Tout est affaire d’interprétation et toutes les interprétations sont possibles. (...) Elles dépendent d’influences diverses : appartenance à telle branche (sunnisme, chiisme), à telle école juridique, à tel courant idéologique, à telle confrérie soufie,(...) etc. Malgré leur interprétation divergente des textes sacrés, un soufi et un islamiste peuvent se considérer comme fidèles à l’islam véritable, ce qu’aucune hiérarchie ne peut valablement contester ou approuver.

En effet, le monde musulman ne dispose pas d’une autorité unique et représentative dotée du pouvoir de délivrer un magistère revêtu du sceau de l’authenticité et de condamner les positions qui s’en écartent.

Il n’appartient donc pas aux Occidentaux et aux chrétiens de se prononcer sur ce qu’est le véritable islam. Mais leur regard sur les musulmans doit prendre en considération l’attitude concrète de ces derniers dans la vie quotidienne et dans les événements du monde.

Ainsi, bien des musulmans privilégient une lecture spirituelle de leurs textes de références et en écartent la dimension idéologique. Certains souffrent même de l’islamisme. C’est pourquoi il convient de ne pas enfermer indistinctement tous les musulmans dans un cadre préétabli et figé, ce qui reviendrait à les priver de toute liberté d’appréciation et fermerait la porte à l’espérance.

 

 

Extrait de La petite feuille verte N°11, mai 2013.

Merci à EVR.

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Published by Petrus Angel - dans Religio
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