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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 09:08
par Sebastien Lapaque , le 23/01/2014
Joseph Malègue.

 

Augustin ou le Maître est là, le grand livre de cet écrivain français tombé dans l'oubli est réédité grâce au souverain pontife, qui l'a cité à plusieurs reprises.

C'est donc à Jorge Maria Bergoglio, pape François, que l'on doit la remise en circulation de Augustin ou le maître est là,génial et étonnant roman de Joseph Malègue publié en 1933 et injustement ignoré par les histoires littéraires. Dans un long entretien d'août 2013, le Pape a en effet évoqué Joseph Malègue parmi ses romanciers de prédilection. Quelques mois auparavant, en citant Léon Bloy à l'occasion de sa première homélie romaine, il avait rendu hommage à un pamphlétaire catholique à demi oublié ; mais avec Joseph Malègue, il est allé plus loin, puisque c'est un écrivain complètement oublié qu'il a tiré du purgatoire.

Cherchez dans les dictionnaires, dans les encyclopédies. Vous ne trouverez rien, ou presque. François Mauriac, qui a lu Augustin et l'a semble-t-il admiré, ne l'évoque nulle part dans son Bloc-notes. ­Malègue était mort en 1940, Bernanos en 1948, l'époque du roman ­catholique semblait close. Seule l'Histoire chrétienne de la littérature (1996) de Jean Duchesne a fait une place au romancier évoqué par le Saint-Père. Mais comme un auteur du second rayon, remisé entre Édouard Estaunié, Daniel-Rops, Maxence van der Meersch et ­Gilbert Cesbron.

À relire Augustin ou le maître est là, c'est plutôt du côté des chefs-d'œuvre d'Huysmans, Bloy, Mauriac, Bernanos et Green qu'on a ­envie de ranger le livre de Malègue. Ce qui ne résout pas la question de l'oubli dans lequel sont tombés la plupart des romans attachés à ­mettre en scène les oscillations de la nature et de la grâce après un demi-siècle de gloire du «mouvement de renaissance littéraire ­catholique». 

Le suite sur  lefigaro.fr

Augustin ou le Maître est là, de Joseph Malègue, Cerf, 832 p., 30 €.

On peut lire un extrait sur Petrus Angel.

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Published by Petrus Angel - dans Lire
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commentaires

A. de Ripeltrude 27/01/2014 13:49


Certains y pensent encore!


La revue Science et Foi offre actuellement une rubrique appelée ' un patrimoine à redécouvrir : la grande littérature chrétienne' et rédigée par Benoît Neiss, ancien professeur de
Littérature de l'Université de Strasbourg, directeur honoraire de l'Institut de Littérature française et président de l'association internationale L'Amitié Henri Bosco. 


Après une invitation à relire Henri Bosco, il propose de se tourner vers Malègue. Cf le numéro 110  de Science et Foi (janvier 2014), puis le n° 111, a paraître.


Profitez en  donc pour vous abonner à cette revue qui ne ressemble à aucune autre!


;)


 


 

Petrus Angel 28/01/2014 06:46



merci pour l'information



Petrus Angel 24/01/2014 09:16


La suite de l'article : Si l'on veut des œuvres phares pour borner cette période, on
lira Conversion des intellectuels au catholicisme en France (1885-1935) de Frédéric Gugelot: on y découvre qu'elle a débuté avec En route d'Huysmans, publié en 1895. Et il
nous semble, puisque François Mauriac a changé de ­registre après Les Anges noirs, paru en 1936, la même année que Journal d'un curé de campagne de Bernanos, qu'elle a
pris fin en 1940, avec la publication de Monsieur Ouine , du même Bernanos. Notons d'ailleurs que, dans ce roman, si la religion subsiste sous une forme inquiétante, Dieu est absent.
Comme si Bernanos avait plongé le premier dans l'absurde, l'anomie et l'aphasie duNouveau Roman. Cette pointe hypermoderne chez ce catholique vintage fascinera logiquement quelques
cinéastes d'après-guerre (Robert Bresson, Maurice Pialat) ; plus récemment, Michael Haneke a étudié la possibilité de porter à l'écran Un crime, roman policier troublant
pour lequel Laurent Cantet nous a un jour confié son intérêt.


Mais Bernanos, c'est Bernanos. Son inspiration sent le fagot, son génie fait craquer toutes les coutures, ses personnages
sont hantés par l'œuvre du diable autant que par la miséricorde de Dieu - Mouchette à son amant, dans Sous le soleil de Satan : «Crois-tu à l'enfer, mon chat ?». Pour leur
malheur, les autres écrivains catholiques, même les meilleurs, fleurent davantage l'encens que le soufre.


Dans Mauriac, le roman et Dieu (1991), José Cabanis n'évoque pas Joseph Malègue, mais il s'est penché sur la
brutale sortie du roman catholique des écrans radars dans la France d'après-guerre. Laissant de côté les sous-produits de la litté­rature du salut publiés à la chaîne par les «3 B» (Bourget,
Bazin, ­Bordeaux) à l'époque où la dévotion payait, José Cabanis a relu ceux que Jacques Julliard a nommés les «flamboyants». «Pas à proprement parler des intellectuels, explique Julliard pour
les situer entre les traditionalistes et les modernistes, mais des témoins en acte d'une renaissance du christianisme qui se manifeste dans le domaine de l'art et de la littérature autant que
dans celui de l'exégèse ou de la science.»


Ils avaient beau être à la fois de vrais artistes et de vrais chrétiens, l'heure des flamboyants a passé
brutalement.



À relire Augustin ou le maître est là, c'est plutôt du côté des chefs-d'œuvre d'Huysmans, Bloy, Mauriac, Bernanos et
Green qu'on a ­envie de ranger le livre de Malègue



Tout aussi génial, mais moins connu, Joseph Malègue a été englouti dans le même bloc d'abîme. On peut juger que c'était le
destin des écrivains de patronage et de sacristie. Aucun d'eux ne fut pourtant un romancier à thèse ; l'étiquette commerciale de romancier catholique leur fit généralement horreur ;
aucun d'eux ne s'est laissé enfermer dans les canons de la littérature édifiante ; tous ont revendiqué, à l'égard des préjugés et des pudeurs des milieux cléricaux, une autonomie
que Jacques Maritain avait ­défendue dans Art et scholastique, publié en 1920 par Louis Rouart, le grand-père de Jean-Marie.


Converti en 1906, filleul de Léon Bloy, chef de file du néo-thomisme et flambeau de la renaissance littéraire catholique,
Maritain a eu une immense influence en Amérique du Sud dans les années 1930. Un cycle de conférences l'a mené jusqu'à Buenos Aires en 1936, l'année où Jorge Maria Bergoglio naissait dans le
quartier de Flores. Avec Mauriac, Bernanos, Green, et aussi avec ­Malègue, le roman catholique français était alors à son apogée. L'auteur d'Humanisme intégral s'en est fait l'avocat
passionné. C'est ainsi que, deux décennies plus tard, un jeune homme a pu découvrir Augustin ou le maître est là dans la bibliothèque du séminaire de Villa Devoto, ou bien dans celle du
noviciat de la Compagnie de Jésus, tandis qu'en France, où Sartre régnait désormais en maître, on était passé à autre chose.